Visite en Touraine

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A la forteresse du château de Chinon, une plaque scellant la rencontre de Jeanne d’Arc et du roi Charles VII

Vu sur France 5, les 100 lieux qu’il faut voir le 9 septembre 2019

Cet épisode célèbre de l’épopée Johannique est généralement décrit comme une scène mythique et miraculeuse : « La Reconnaissance ». Il n’en est rien, car Il y eut non pas une, mais deux entrevues à Chinon. La première se déroule le 25 février 1429, deux jours après l’arrivée de Jeanne. Elle est menée jusqu’aux appartements du roi où celui-ci la reçoit en petit comité. Elle est logée dans le donjon du Coudray. Sa virginité est vérifiée par une assemblée de femmes, présidée par la reine de Sicile, Yolande d’Aragon. Puis Charles VII l’envoie à Poitiers pour que ses conseillers et docteurs en théologie puissent juger de sa bonne foi. A son retour, Jeanne est à nouveau reçue par le roi, entre le 27 mars et le 5 avril 1429. Cette seconde audience dite du « signe », prit l’aspect officiel et public qu’on attribue généralement à la première entrevue. Elle marque la fin de l’enquête de Poitiers et tient lieu de présentation officielle de Jeanne. Elle apporte alors au roi une couronne en or qui était « le signe » matériel de sa promesse de mener le roi au sacre, puis elle se retire dans une chapelle voisine.

http://forteressechinon.fr/fr/decouvrir-la-forteresse/les-grandes-figures-de-la-forteresse

Dans les cinémas le film de Bruno Dumont est à l’affiche « Jeanne  «  l’action décrit l’année 1429. Fabrice Luchini incarne le roi Charles VII

« Jeanne D’Arc » (1879) à Domrémy,
par Jules Bastien-Lepage, peintre meusien

Et la rencontre de Jeanne avec le duc de Lorraine ?

 Dès 1428, elle essaye de convaincre Robert de Baudricourt, capitaine royal à Vaucouleurs de lui accorder une escorte sûre, pour traverser des terres ennemies et l’amener à CHINON, jusqu’auprès du Dauphin Charles VII et futur roi. Mais en homme avisé Robert mènera une sérieuse enquête avant de donner son accord.

Robert de Baudricourt avertit donc Charles II duc de Lorraine (il régna de 1390 à 1431), (son vieil ami) qui convoquera JEANNE à Nancy pour un entretien où assisteront également René d’Anjou Duc de Bar, ainsi que Jean de Dieulouard l’écuyer du duc Charles de Lorraine.

 Au cours de cet entretien Jeanne serait même allée jusqu’à reprocher à Charles, duc de Lorraine de vivre avec sa maîtresse la belle ANIZON du MAY, de surcroît fille naturelle d’un prêtre (!) et de lui conseiller que son état de santé s’améliorera s’il répudie Anizon La Société d’Archéologie et du Musée Historique de Lorraine  a écrit dans ses annales  en 1889:- En janvier 1429, sur la place du Chastel de Nancy, Jeanne d’Arc, montée sur un cheval, courut une lance devant la noblesse et le peuple de Lorraine et s’y comporta avec un tel courage que le duc lui fit cadeau d’un destrier noir.

« Jeanne d’Arc et Saint Nicolas de Port  » Est-elle venue en pèlerinage ? Est-elle passée par Jarville ? avant ou après sa visite au duc de Lorraine ?

Selon Wikipédia sur la basilique de St Nicolas de Port :Une légende (contestée) prétend que Jeanne d’Arc est venue se recueillir dans l’édifice précédant la basilique avant de partir porter son message au Dauphin de France.

Il est donc rapporté qu’en 1429, Jeanne d’Arc, lors d’une « sombre et grise journée », arrive à Saint-Nicolas escortée par seulement deux ou trois hommes. Elle se rend dans l’église, se recueille et prie le patron de la Lorraine.

Un ex voto fut apposé le 20 5 1929 dans la basilique de Sl Nicolas de Port avec l’indication « avant de se présenter devant le Duc Charles II…, elle vint en pèlerinage vénérer la phalange bénissante.. ». Selon d’autres sources, Jeanne d’Arc se serait rendu à St Nicolas de Septfonds (ou Sefonds) près de Vaucouleurs sur la route de Chinon ou bien à l’ermitage de St Nicolas à Rosières en Haye près de Dieulouard…

 NB L’église de Jarville conserve un vitrail sur Jeanne d’Arc en périple, édifié sans doute  en 1913. Il est rappelé que le curé fondateur Streff était ami avec Emile Badel, né à St Nicolas de Port, écrivain lorrain et journaliste.

Union sacrée de la France autour de Jeanne-d’Arc : une figure du patriotisme français

Après la guerre de 1870, « la bonne Lorraine » incarne l’espoir des Français. Au XXe siècle, Jeanne fait l’objet d’une vénération. Jeanne d’Arc fut canonisée à Rome le 16 mai 1920.

 Selon le lois liturgiques de l’Eglise,  le culte public des Bienheureux est soumis à des restrictions qui n’existent pas pour les Saints canonisés. Cependant,  dès la béatification du 11 avril 1909, l’installation dans les églises d’images et de statues de Jeanne d’Arc avait été autorisée dans tous les diocèses de France par le Saint-Siège. Cet attachement à Jeanne d’Arc était encouragé par les évêques de Saint-Dié et de Verdun et par Mgr Turinaz, Evêque de Nancy.

Et l’Evêque de Metz ! n’est pas d’accord

De l’autre côté de la frontière, en Lorraine annexée dans le diocèse de Mgr Benzler, certains curés firent exécuter des représentations de Jeanne d’Arc. Or pour les autorités germaniques, le culte de Jeanne d’Arc apparut comme une marque d’hostilité à leur encontre.

Mgr Benzler adressa aux archiprêtres le 20 avril 1915 l’avis confidentiel suivant : « Je crois devoir faire observer que le culte public rendu à la Bienheureuse Jeanne d’Arc peut dans les circonstances actuelles être interprété et exploité en certains milieux dans un sens politique. C’est pourquoi j ‘engage MM. les curés à ne pas placer d’images ou de statues de la Bienheureuse dans les églises ni dans les maisons de cercles, et s’il s’en trouvait de les enlever sans faire d’éclat. Il va sans dire que ces images ne doivent pas être portées dans les processions. La presse française mise au courant par une indiscrétion, se déchaina  «  le journal nancéien l’Est Républicain titra le lundi 10 mai 1915 : « Jeanne d’Arc chassée par l’évêque de Metz » Le Temps compara Mgr Benzler à l’évêque Cauchon.

Selon les défenseurs de Mgr Benzler, « allemand » de souche il s’agissait d’une mesure de prudence. L’évêque était soucieux d’éviter d’attirer sur le clergé et les fidèles des mesures de rétorsion de la part des autorités allemandes, promptes à réagir à ce qu’elles pouvaient considérer comme des provocations.

Bibliographie

Pascal Raphaël AMBROGI, Dominique LE TOURNEAU, Dictionnaire encyclopédique de Jeanne d’Arc, éditions Desclée de Brouwer